En France, c’est Guignol qui s’est imposé. Une marionnette créée à Lyon en 1808. Emblème de la ville, Guignol est un héritier des traditions du XIXème siècle. La marionnette s’amuse et amuse les autres. A l’origine, le théâtre est improvisé et sert de gazette locale à caractère comique.
En Grèce, il est une autre tradition de celle du guignol dans les castelets. Là-bas, on connaît Karaghiozis. Dans le même esprit, le personnage principal, Karaghiozis, est un grec qui vit dans l’empire ottoman. Il est volontairement caricaturé. Il vit dans une cabane, il est pauvre, laid, marche pieds-nus et habite en face du palais du vizir. L’homme a mille métiers et connaît mille misères. Il est le représentant du peuple opprimé qui va se jouer des puissants pour en triompher. Son atout principal, son bras droit, cinq fois plus long que le gauche. Avec lui, il va assouvir son appétit gargantuesque et embêter ses ennemis turcs.
Le théâtre d’ombre a des origines qui viennent, semble t-il, du Moyen-Orient. A l’origine, associé au culte des morts et au divinités infernales. Il est devenu un art populaire. Et débarque en Grèce à la fin du XIXème siècle. Il exige des grecs des qualités esthétiques, graphiques, dramatiques et musicales. En fait, derrière chaque toile blanche contre laquelle est projeté le spectacle, se cache un montreur. Ou un karaghiozopaichtis. Il est l’âme du spectacle. C’est lui qui confectionne les marionnettes et les décors. Les marionnettes sont constituées de peau de chèvre et de carton. Les textes du spectacle sont souvent improvisés puisqu’ils sont extraits d’une littérature orale.
Le théâtre Karaghiozis connaît son âge d’or avant la Seconde Guerre Mondiale. Il y a alors plus d’une centaine de montreurs dans tout le pays. L’occasion de faire une satire sociale ou politique de la situation actuelle du pays. La liberté d’expression grecque est alors pleinement utilisée. Personne ne se prive de se moquer du gouvernement en place à travers ses marionnettes. Le principe est le même que Guignol, mais dans une version un peu moins édulcorée. Le montreur fait appel à toute la panoplie du comique. Toutes les tranches d’âge peuvent profiter du spectacle grâce aux différentes strates de compréhension. Karaghiozis incarne l’esprit frondeur des grecs face à l’oppression.
Avec les envahisseurs turcs, les pièces les plus anciennes du répertoire prennent des allures de résistance nationale. Les censeurs étrangers ne comprennent pas toutes les subtilités du spectacle. Et les grecs jubilent et se moquent des étrangers qui ont pris d’assaut leur pays. Le Karaghiozis est un genre qui s’adapte facilement au spectacle ambulant. Malheureusement, l’arrivée du cinéma et de la télévision a porté un lourd coup de massue à ces spectacles. Aujourd’hui, les montreurs sont moins nombreux. Mais existent toujours. Les grecs portent encore dans leur cœur, comme une fierté nationale, Karaghiozis. Le pantin a encore de beaux jours devant lui.
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